Nos diversités sont nos richesses humaines

La médecine qualifiée d’intégrative se doit de prendre en compte nos diversités et la multiplicité des facteurs intervenant dans notre bonne santé ou la genèse des maladies. Elle repose sur un travail en équipe, une ouverture d’esprit, une remise en question réaliste. Elle donne de la place pour le patient dans les domaines de la prévention ou du soin.

Parler d’intégration est devenu une mode médiatique. Le plus sou-vent, il s’agit d’un vœu pieux, voire d’une nouvelle arlésienne. Car quels outils intégrer, selon quelle hiérarchisation, et dans quelles circonstances ?
D’aucuns pourraient s’étonner de cette absence de consensus dans un domaine où tous pourraient contribuer. Ils oublient, sans doute, que chaque être humain est différent. Chacun de nous, fût-il patient et/ou thérapeute, reste un être unique par ses gènes, et par son parcours de vie. Certaines pratiques médicales négligent cette biodiversité. Leurs doses médicamenteuses, leurs conseils nutritionnels, leur abord psychologique sont codifiés et débouchent sur des conflits d’écoles.
Ma première proposition sera la reconnaissance d’une véritable individualité, avec tout ce que cela implique à tous les niveaux.

Nos situations génétiques, hormonales, psychologiques, nutritionnelles et infectieuses influencent notre santé. Chacun de ces cinq états internes est en étroite relation avec les autres. Aucun d’entre eux ne saurait être considéré comme prédominant. L’émergence d’une maladie témoigne du dysfonctionnement de plusieurs de ces états, et rarement d’un seul. Malheureusement, nous avons trop facilement tendance à n’emprunter que certaines de ces voies, celles que nous croyons connaître. Cette classification a pour objectif de faciliter le raisonnement, la compréhension et la prise de décision. Ma deuxième proposition sera que tous les thérapeutes tiennent compte de ces états dans leurs démarches diagnostiques et thérapeutiques.

Les expérimentations cognitivo-comportementales démontrent que l’utilisation de pensées irréalistes favorise l’éclosion d’émotions désagréables (colère, anxiété, tris-tesse) génératrices de comportements inadaptés. Leur rempla- cement par des pensées réalistes améliore notre maîtrise du monde et notre capital confiance. Dans les périodes de crises, ressurgissent ces bouffées émotionnelles et leurs attitudes incohérentes, surtout si des pensées irréalistes ont été introduites dans le débat.
La reconnaissance de nos émotions ainsi qu’une meilleure analyse sans jugement de nos raisonnements ou de nos comportements permet de trouver le chemin des pensées réalistes. Ce sera ma troisième proposition.

Aujourd’hui les patients sont con-frontés au choix thérapeutique. Entre l’acupuncteur, l’allopathe, l’homéopathe, l’ostéopathe, l’analyste, le comportementaliste… qui choisir ? Ce dilemme, de type exclusif, est même amplifié par nos institutions qui imposent le choix d’un médecin traitant. Or, il semble irréaliste de trouver celui ou celle qui saura comment résoudre tous nos problèmes. Pareille croyance développe une dépendance bien connue pour entretenir les symptômes ou les maladies. Ce type de relation conduit à un triangle dramatique de l’analyse transactionnelle dans lequel, le patient, victime d’agressions extérieures, (le stress, le tabac, le travail…) trouve dans le médecin, son sauveteur. Les drames qui en résultent ne conduisent que rarement à la guérison.
En revanche, quand le rôle du médecin traitant, devient celui d’un allié ou d’un outil dont le patient peut décider de changer, la relation devient constructive. Il importe bien entendu que les thérapeutes respectent cela, et que les patients ne deviennent pas persécuteurs de leurs soignants. Cette quatrième proposition milite pour une médecine adaptée à l’humain, restant attentive à éviter la mise en place du triangle dramatique dans la relation thérapeute patient.

L’être humain, les connaissances médicales, notre environnement représentent une charge de connaissance immense dont la dimension se rapproche de l’infini. Il est donc impossible d’imaginer un être humain capable de détenir, de comprendre et d’analyser à lui tout seul l’ensemble de ces connaissances. Nous sommes tous différents, nous possédons des potentialités différentes dont la somme permet d’augmenter les possibilités diagnostiques, thérapeutiques. La confrontation à divers thérapeutes permet de stimuler ou d’agir sur des potentialités d’autoguérison différentes. Cette mise en commun nécessite tout de même une coordination pour éviter des attitudes contradictoires. La place du patient dans le mon-de médical doit aussi être redéfinie. Le patient doit trouver dans l’espace de soin la place centrale qu’il mérite. Cet espace doit être construit avant tout par lui et pour lui. Il faut mettre un terme au patient soumis qui suit, sans sourciller et sans questionner, les recommandations édictées par son thérapeute. Le rôle du thérapeute demeure celui d’un conseiller conscient du fait que c’est le patient qui se guérit et non le thérapeute qui guérit le patient. Ma cinquième proposition sera celle d’un travail en équipe coordonnée dans laquelle le patient et non sa maladie tient le rôle central.

Les hommes, les femmes, notre monde et nos connaissances évoluent. Les solutions à proposer, c'est-à-dire les traitements préventifs ou curatifs sont donc aussi susceptibles d’évoluer. De nouvelles thérapies et de nouvelles maladies apparaissent, changent ou disparaissent. Ce qui nous semble bon ou adapté aujourd’hui ne le sera pas forcément demain. La gestion de notre destinée ne peut pas être la même à six mois, à vingt, cinquante ou quatre-vingts ans. La vie n’est pas la même à Lausanne, Casablanca ou Lyon. Qu’en sera-t-il de la ges-tion de notre santé quand nous ne mangerons que des OGM, que toutes les eaux seront polluées ou après l’explosion de quelques bombes atomiques ? Ma sixième proposition est celle d’une remise en question permanente associée à une grande ouverture d’esprit.

Ces propositions ne sont faites que pour ouvrir et développer le champ d’une réflexion tournée vers le présent, l’avenir sans oublier les traces du passé. Elles ne peuvent pas être considérées comme exhaustives.


n Docteur Ph. Tournesac