L’acupuncture, des aiguilles pour la sérénité. PAR LE DR PHILIPPE TOURNESAC

La Faformec, fédération regroupant pratiquement l’  ensemble des médecins a-cupuncteurs et des associations d’acupuncture et d’auriculothérapie, a tenu son congrès annuel à Lyon, les 19 et 20 septembre 2005. Le thème développé cette année était « Stress et vie moderne, de l’anxiété à la dépression ». A cette occasion, un bilan des études scientifiques dites contrôlées randomisées* a permis de faire le point sur les effets de l’acupuncture sur la dépression et l’anxiété. La majorité des études reconnaissent son efficacité dans ce domaine même si beaucoup d’entre elles manquent de sérieux et que le nombre de personnes incluses, c’est-à-dire ayant participé, est souvent trop minime.

Sur un plan statistique, un nombre relativement important de patients permet de mettre plus facilement en évidence l’efficacité ou non d’une technique. Il faut aussi regretter que la plupart des études pro-posent d’analyser les effets de re-  cettes de points d’acupuncture sans individualiser le traitement.
Comme pour l’homéopathie ou pour de nombreuses techniques de soins s’intéressant plus au ma-lade qu’à la maladie, les proto-coles scientifiques sont difficiles à mettre en place puisqu’ils sont individuels. Les acupuncteurs sont aussi confrontés au problème de financement de ces études coûteuses. Dans le domaine pharmaceutique, le financement d’une étude ran-domisée permet de promouvoir la vente d’un produit et donc d’augmenter les bénéfices. Pour l’acupuncture cela n’existe pas, c’est aussi vrai pour tous les médicaments faisant partie du domaine public, donc peu chers, ainsi que pour l’homéopathie et les compléments nutritionnels peu coûteux.
Le plus grand bénéficiaire serait le patient ou les assurances maladies c'est-à-dire le contribuable puisque ce genre de traitement permet, en général, des économies substantielles. Le paradoxe veut qu’il ne soit pas autorisé de faire participer financièrement le patient pour ce type d’étude puisque la loi française l’interdit (loi sur la recherche biomédicale). Nos hommes politiques feraient bien de réfléchir à ce problème.
A force de persévérance et de petites études successives, on peut faire ce que l’on appelle une mé-ta-analyse, en additionnant les ré-sultats des différents travaux ef- fectués depuis de nombreuses années. Cette technique permet ainsi d’augmenter le nombre de patients et de faciliter l’interprétation de résultats supposés. Dans le domaine qui nous intéresse c'est-à-dire l’anxiété et la dépression, les méta-analyses prouvent clairement de façon statistiquement significative que l’acupuncture est efficace. Le cynisme est malgré tout poussé à son paroxysme car il existe toujours de nombreuses voix pour réclamer plus d’études pour confirmer cette tendance. L’acupuncture est donc confrontée à un déficit de recherche, espérons que les bénéficiaires com- prendront un jour, qu’il est de leur intérêt de participer financièrement aux recherches sur cette tech- nique de soins millénaire.

A la différence d’une médecine basée sur un concept de préserva-tion d’un organisme en éliminant le stress environnemental ou ses effets à travers des molécules chimiques le rendant souvent insensible à toute stimulation, l’acu- puncture part d’un concept d’unité psychologique et physique aussi bien que de l’homme et de son environnement. Le traitement acupunctural passe par un rééquilibrage de ses capacités de régulation et une circulation harmo- nieuse des énergies et fluides de l’organisme. Cette énergie ou Qi lui permet de s’adapter à son environnement et de vivre en harmonie avec celui-ci.
Une partie du texte présenté par le docteur Geneviève Bemelmans illustre bien la modernité de la pensée chinoise : « Le Huainan zi (livre de médecine traditionnelle chinoise) recommandait de ne pas essayer de réjouir l’interne par l’extérieur, mais bien l’extérieur à partir de l’interne, c'est-à-dire de stabiliser les organes internes, calmer les passions et faire profiter durablement l’ensemble corporel du bon fonctionnement organique ».
L’importance de la prise en charge tant organique que psychologique pour améliorer aussi bien son état personnel que ses relations avec son environnement, était donc déjà d’actualité à cette époque.
Les concepts d’unité et d’énergie permettent de participer à la guérison de toutes les pathologies. L’acupuncture n’exclut pas le traitement médical ni l’hygiène de vie (très bien résumée par le docteur Van Tho Bui : « sobriété, simplicité, sagesse »), elle peut donc tout à fait s’inscrire parmi les thérapeutiques dites modernes. La présentation de cas cliniques très diversifiés (dépression, anxiété, alcoolisme, enfants hyperactifs) traités par acupuncture prouve l’immense champ de possibilités disponibles.

Pour ce qui est de la spasmophilie, peu d’orateurs ont évoqué son existence telle qu’elle est présentée dans les descriptions modernes. On retrouve cependant les signes de spasmophilie dans les insuffisances de yang du rein, de la rate, dans l’excès de vent du foie, dans le vide de sang du cœur etc., syndromes caractéristiques de la médecine traditionnelle chinoise. La présentation du rééquilibrage du système neurovégétatif à travers une méthode simple et standardisée mise au point par le docteur Grall, doit permettre à plus d’acupuncteurs de soulager ces patients qui associent désordres somatiques, psychiques et souvent dystonie neurovégétative. Cette méthode consiste à mesurer le ralentissement cardiaque pendant et après une pression de quatre secondes sur les globes oculaires. La correction d’une éventuelle vagotonie (excès de fonctionnement du parasympathique) ou d’une sympathicotonie (le con-traire) est immédiate après la poncture de quelques points. Une étude effectuée par les docteurs J.P. Bercovici et Monique Mingam prouve l’importance de ce test et l’efficacité de ce traitement qu’il est à mon avis indispensable d’appliquer avant toute acupuncture traditionnelle chez les spasmophiles pour éviter une réaction paradoxale. En effet, j’ai souvent constaté que des personnes hypersensibles se plaignaient de mal réagir à l’acupuncture. La correction d’une dystonie neurovégétative à travers ce protocole permet d’éviter la plus grande partie de ces réactions indésirables : sensation de malaise et même parfois crise de spasmophilie.
Bien entendu, le traitement par acupuncture ne se limite pas au rééquilibrage du système neurovégétatif. Pour l’anxiété d’anticipation ou le trac, il est particuliè- rement efficace. Les conséquences physiques et psychologiques d’un excès émotionnel de colère, de tristesse, de peur ou de travail intellectuel font partie des excellentes indications puisque la médecine chinoise associe organes et émo-tions depuis des milliers d’années de façon claire et précise. En de-hors de son efficacité constatée tous les jours par les patients, cette technique a l’avantage de ne pas nécessiter d’absorber de substances étrangères à l’organisme et de privilégier ses capacités d’autoguérison.

Les acupuncteurs comme de nom-breux patients constatent chaque jour les effets bénéfiques de l’acupuncture sur le stress et ses conséquences. Le langage particulier de ces praticiens et leur conception de l’organisme et des maladies sont un frein à sa reconnaissance. Fort heureusement, les médecins et les associations faisant partie de la Faformec luttent pour faire disparaître ce clivage en décodant les textes traditionnels et en les mettant à jour conformément aux usages de la médecine moderne.
 
Espérons qu’un nouvel esprit intégratif permettant de reconnaître qu’il est possible de trouver plusieurs ex-plications à un même phénomène ainsi qu’un abandon d’un scientisme primaire redonnent sa place à cette médecine qui ne devrait plus avoir besoin de faire ses preuves tant elle a soulagé et guéri de patients depuis plusieurs milliers d’années.

Remerciements au docteur Eric Kiener pour son soutien dans la rédaction de cet article.